"Rue Monte au ciel" Coup de coeur FNAC - Sélection du Prix RFO (cliquer ici)

« 9 destins de femmes, dans une atmosphère pleine de sensualité et volcanique. » Daniel PICOULY, « TROPISMES », France O
 2003
popularité : 35%

dédicace à la Fnac Forum des halles 2003 RUE MONTE AU CIEL Coup de coeur FNAC à sa sortie. Réédition en poche avril 2013 éd. Idem.

JPEG - 32.6 ko « Neuf destins de femmes, dans une atmosphère pleine de sensualité et volcanique. » Daniel PICOULY, « TROPISMES », France O, émission télévisée, 21 novembre 2004.

Sélection du Prix RFO 2004.

Entre Caraïbe et Paris, Amérique et Europe, Martinique et Afrique mythique, SUZANNE DRACIUS évolue au gré de son écriture, chevauchant français et créole, dans ce roman fragmenté en neuf nouvelles renouant avec la tradition du conte, où s’opère le métissage de l’humour, de la modernité et du merveilleux antillais.
Avec la Montagne Pelée, comme surgie du ventre de la mer, la machine, la moto, le train, l’avion, l’ordinateur, "Rue Monte au Ciel" conduit du tragique des événements historiques à de vifs élans d’espoir.
À travers les histoires de ces neuf héroïnes parcourant le XXè siècle, de 1902 à 2002, en quête de formes diverses de libération, comment n’être pas captivé par la puissance et l’envoûtante beauté de ce style flamboyant ?

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Interview dans Arts Caribbean sur Rue Monte au Ciel
par Joëlle Nottrelet :

A.C – « Vous venez de publier Rue Monte au Ciel, un recueil de neuf nouvelles. Y a-t-il un lien entre elles, une cohérence, un fil conducteur ? »

Suzanne Dracius – « Absolument : elles sont liées par une thématique. Systématiquement, une héroïne caribéenne se retrouve au centre du sujet. Toutes ces femmes sont plus ou moins exposées à des dangers ; soit à une menace à laquelle elle doit échapper, comme c’est le cas dans « Montagne de feu », cette héroïne vivant à Saint-Pierre en 1902, le matin du 8 mai, juste avant la catastrophe due à l’éruption de la Montagne Pelée. Ou bien, elle se retrouve face à un conflit, engluée dans un ennui dont elle doit se dépêtrer. Ou bien encore on retrouve un personnage de mon premier roman, L’Autre qui danse : dans « L’âme sœur », Mathildana fait une rencontre qui va faire basculer son destin. Dans la scène « Œdipe en train », le personnage central doit se délier des contraintes sociales, familiales ou conjugales. « Rue Monte au Ciel », ce sont neuf variations sur le thème de la libération, la délivrance ou la transgression des interdits. Ce n’est pas une fuite par lâcheté, mais déterminée, une forme de courage ».

A.C – « En lisant certains passages de ces nouvelles, on a l’impression que vous avez vécu l’esclavage à la manière dont vous décrivez les faits ?

S.D. – « Ce n’est pas tout à faux ; j’ai d’ailleurs souvent des sueurs froides, car j’ai déjà vécu, même si cela peut paraître surprenant, ce que l’on appelle la « palingénésie ». Par exemple, au cours d’une exposition au Lamentin, la cale d’un navire négrier avait été reconstituée. Lorsque j’y suis entrée, les effets sonores étaient si effrayants que j’avais vraiment le sentiment d’avoir vécu cette traversée, d’avoir passé, à l’île de Gorée, la porte du voyage sans retour. En tant que métisse, même si je suis « calazaza », il est certain que j’ai forcément des ancêtres ayant vécu l’esclavage. C’est donc une mémoire que je porte en moi, évidemment alimentée par des phénomènes culturels, mes lectures ou les recherches historiques que j’ai faites. Tout ce passé nourrit mon écriture. En fait, j’ai autant de fierté pour mes ancêtres esclaves restés sur les habitations et qui ont donné naissance à cette population que nous sommes aujourd’hui, qu’à l’égard des résistants, « les nègres marrons », qui ont été longtemps diabolisés et méprisés. On ne doit pas occulter cette mémoire de l’esclavage car un peuple qui ne s’intéresse pas à son passé, avec simplement le regard vers le présent ou l’avenir proche, est un peuple sans lendemain. Je pratique dans mon écriture une forme de marronnage littéraire en même temps qu’un hymne au métissage, puisque de nos jours, diverses formes d’esclavages modernes existent encore. J’absorbe des souffrances qui ne sont pas forcément les miennes mais qui me viennent du spectacle de mes contemporains ».

A.C – « Pouvez-vous parler de la quatrième nouvelle, « La Virago », sans entrer dans les détails pour laisser le suspens au lecteur ? »

S.D. – « Elle comporte une fin qui surprend, comme les huit autres d’ailleurs. Nous avons une action trépidante complètement contemporaine qui met en scène la virago, qui est à la fois un être vivant et un engin, cette moto de marque « Yamaha ». Il se trouve que cet engin porte le nom de virago, mot latin qui veut dire « femme d’allure masculine ». Ce personnage énigmatique incarne une mâle-femme au mental d’un homme qui ne se laisse pas faire. Dans le monde actuel, il se peut que l’on se sente agressé à tort, que l’on puisse avoir une vision des gens totalement fausse par rapport à la réalité. Ainsi, c’est également une fable sur la fameuse insécurité, une métaphore des relations entre les sexes qui prend l’allure d’un conte, renouant avec la tradition du conte antillais. L’histoire de « La Virago » part d’un élément autobiographique, d’une scène vécue, d’un monde moderne où l’on a du mal à communiquer.

A.C – « Qu’est-ce qui pourrait inciter les Martiniquais à lire votre ouvrage ? »

S.D. – « Pas mal de choses ! Ne seraient-ce que les échos positifs recueillis à travers les médias. Les nombreux courriers que j’ai déjà reçus de mes premiers lecteurs disent aimer notamment ma langue métissée, « latino-créole », le français, où je pénètre comme dans une habitation offerte. Les Martiniquais devraient apprécier le mélange des genres : mélange de gravité, de cocasserie, d’humour et de sensualité. Vous y trouverez aussi des secrets de femme, par exemple le plaisir féminin avec ses préliminaires, en opposition au plaisir masculin.

Suzanne Dracius — Rue Monte au Ciel
(Éditions Desnel)
224 pages — 16 euros
ISBN 2-915247-00-5

(Interview parue dans « Arts Caribbean » n° 3 - octobre 2003)